Après le sidérant George Washington, d’autres réussites plus nuancées dans le drame, puis un brillant passage par la comédie incarné par l’incontournable Pineapple Express, autant dire qu’on attendait beaucoup du retour de David Gordon Green à des projets plus personnels, dont deux sont prévus pour cette année. Prince Avalanche suit donc les jalons de Sundance et de Berlin, itinéraire tracé des films américains parés à en découdre avec les compétitions festivalières. Remake du film islandais Either Way de Hafsteinn Gunnar Sigurðsson, il suit Lance (Emile Hirsch) et son beau-frère Alvin (Paul Rudd), texans séparés d’une dizaine d’années, coupés du monde extérieur par un travail saisonnier qui consiste à peindre les bandes jaunes d’une route de campagne.

Nous restons assez surpris par l’académisme qu’emploie David Gordon Green à reprendre presque trait pour trait l’original, qui tirait un bon parti de l’aspect lunaire et infini de la province islandaise malgré un certain sentiment d’inabouti. Qui a déjà vu Either Way se voit donc contraint dans Prince Avalanche de rebattre un programme connu d’avance dont le cinéaste américain ne s’éloigne que trop peu. C’est bien dommage : c’est plutôt quand il se le permet qu’il retrouve sa plus belle fibre, fait voltiger sa caméra, monte au détriment du synchrone dans une ivresse malickienne qui a fait son empreinte poétique, et qu’on espérait le voir réinvestir. D’ivresse il en est d’ailleurs un peu question, puisque Prince Avalanche devrait atteindre son pic dans une scène de beuverie ; or la séquence incarne bien nos espoirs quelque peu déçus : on n’y voit qu’un agencement machinal d’effets de style bien rôdés, un petit catalogue de la débauche déjà vu mille fois. Le rythme est tristement routinier, alternant inlassablement une séquence de dialogue avec une série de macros esthétisantes autour des matières du film – peinture jaune, humus, ruisseaux, outils de travail.

On ne niera certes pas qu’à l’inverse de son modèle nordique, le film de David Gordon Green parvient, par subtiles touches, à boucler une boucle. Si les zones d’ombre ne manquent pas, du titre énigmatique à cette femme-fantôme que les deux campeurs ouvriers semblent être les seuls à voir, il reste que de menus ajouts ou retraits, plans de coupe, répliques, participent à conférer à Prince Avalanche une sorte de cohérence, une complétude, aux contours flous mais bel et bien ressentie. Sentiments amoureux illusoires, responsabilité familiale, autant d’enjeux qui affleurent, gravitent, dessinent peu à peu un ensemble, mais dont on peine à discerner le centre. Persiste le sentiment qu’il y a là une idée, un sujet fort, quelque part dans le champ des possibles ouvert par les pions épars de l’intrigue ; hélas, cette chair attaquée en surface devra peut-être attendre un troisième remake pour prendre la forme qu’elle semble receler en secret.