On grommelle un peu, en sortant, contre la sélection de ce Soderbergh franchement mineur tandis que son très sous-estimé Haywire était resté l’an dernier hors compétition. Tout n’est cependant pas à jeter dans ce Side Effects, qui commence comme une histoire d’antidépresseurs, pour se transformer en potentiel thriller pharmaceutique, avant de devenir à nouveau autre chose, à savoir un bras de fer entre psychiatres sur fond de meurtres plus ou moins prémédités. Cette longue phase d’indécision du film joue la perte de repères non sans une certaine virtuosité : Side Effects abandonne successivement ses sous-couches et se dérobe à notre compréhension, jouissant avec talent des potentialités du milieu de la psychanalyse ; Jude Law (toujours aussi désespérément plat : va-t-on un jour cesser de nous faire croire le contraire ?) incarne un shrink new-yorkais pris au piège dans une affaire de meurtre commis sous médicament, qui l’implique malencontreusement. La psychanalyse précipite les pions de l’intrigue dans un vertige plutôt tonique, où la bataille se joue souvent à l’intérieur du cerveau ; cependant, le film prend bientôt, dès qu’il attend la dernière couche de l’oignon, une tournure courue d’avance.

Et quand bien même il pourrait avoir quelques cordes à son arc, Side Effects ne dépasse jamais pour autant le banal produit de série. Soderbergh y joue ses petites ficelles, là où on pensait plutôt que la continuité de sa carrière se retrancherait désormais sur des projets plus audacieux, notamment autour de cette brute infantile de Channing Tatum, corps trop rigide et épais une nouvelle fois malmené par le réalisateur de Traffic. Il n’en est rien : le metteur en scène nous sert un coup d’épée dans l’eau sitôt vu, sitôt oublié ; en espérant maintenant qu’on ne poussera pas la supercherie jusqu’à lui décerner un prix.