Deuxième échec documentaire après The Act of Killing, Narco Cultura s’intéresse à un singulier phénomène culturel : la récupération pop – au cinéma, à la télévision, mais surtout dans la musique – de l’imagerie de la guerre des cartels, qui exalte une violence pourtant bien réelle et glorifie les narcotrafiquants comme les grands gagnants d’une société mexicaine un peu déboussolée. Cette accroche est cependant mensongère, rien de moins : en effet Narco Cultura passe beaucoup plus de temps à filmer la guerre elle-même, menée par les forces policières contre les organisations narcos. Shwarz la met en avant sous couvert d’une mise en dialogue de cette violence quotidienne et sans limites (corps démembrés, têtes coupées, vidéos d’assassinats rivalisant de barbarie) avec sa mystification par quelques chanteurs à succès pas très malins.

On n’est cependant pas dupes, puisqu’il s’agit bien d’injecter à intervalles réguliers une dose d’hémoglobine pour limiter le regard proposé sur la narco cultura à « vous êtes des inconscients, voire des complices, puisque la violence qui vous inspire est réelle et quotidienne ». Le documentaire piétine dès qu’il s’agit d’entrer quelque peu dans le mode de pensée d’Edgar Quintero et sa bande, puisqu’ils doit toujours se pondérer d’un extrême opposé qui anéantit sa pertinence, dans une opération de prétendu bon sens complètement factice : on pourrait sur la même mécanique justifier le genre de discours réactionnaires qu’on entend souvent contre le gangsta rap où les jeux vidéos violents.

De toute façon, on sent chez Schwarz une grande condescendance vis à vis de ses personnages. C’est un film de petit malin, trop bien monté, trop astucieux : son idée tout à fait hégémonique du Mexique lorgne plus du côté de Breaking Bad que de toute forme d’intérêt sincère pour la réalité de ce qui se donne à filmer. Narco Cultura est un objet complètement arriviste, qui n’hésite pas à couper des témoignages pour laisser des phrases de deux secondes, des silences gênés ou des refus de répondre dont Schwarz se saisit comme autant de juteux moments ouverts aux interprétations qu’il est frénétiquement résolu à lancer à grands renforts de plans de coupe sur visages d’enfants, de mères endeuillées en crise d’hystérie, de sanglantes vidéos amateur. Son film ne voit pas plus loin que le bout de son nez, et n’en a cure : il ne procède, de A à Z, qu’à la construction rôdée d’un petit discours couru d’avance, aux ficelles bien réglées. Pour l’envie sincère de documenter, on repassera.