Depuis qu’on l’a vu, on oublie régulièrement son titre exact (qui signifie « pénombre »), mais on oubliera certainement très vite le film de toute façon. Halbschatten suit, sur fond de neutralité pseudo-réaliste, quelques jours de la vie de Merle, Allemande d’une petite quarantaine d’années venue visiter son fiancé à Nice, où il vit avec ses deux enfants d’une précédente union. L’amant se trouve singulièrement absent, et Merle déambule dans l’oisiveté estivale niçoise pendant quelques jours au climat changeant. Si cette errance pouvait être une promesse ouverte, intrigante, alléchante même, il n’en est rien : aucune sorte de poésie, ni d’idée, n’émerge de ce programme creux, mollement ravivé par quelques tensions sexuelles coupables. Ce n’est pas vraiment mauvais ; on ne saurait pointer une faute de goût, un délit d’écriture, mais c’est simplement lénifiant : on sort intact, inerte, de ce film sans risque.

Nous n’aurions peut-être pas pris la peine d’écrire sur Halbschatten en temps normal, seulement vos fidèles serviteurs berlinois commencent à se poser de sérieuses questions sur le défaut cruel d’audace d’une prétendue nouvelle vague allemande défendue par la Berlinale, et ce bien au-delà de ses mérites réels. Nous ne comptons plus les propositions inesthétiques, voire franchement laides, clouées au sol par leur manque de passion : c’était l’an dernier un Barbara entre deux eaux, le dispensable Was Bleibt, et un véritable ratage, Gnade, dont nous avions carrément quitté la séance en cours de route. Suivant l’éclatement d’une famille déménagée dans une région polaire après la promotion de son ingénieur de mari et père, le film de Matthias Glasner parvenait insolemment à rater toutes les perches qui lui étaient tendues, ne serait-ce que l’énigmatique abstraction de ce décor et de sa nuit quasi permanente. Au lieu de ça, une chronique dépourvue de saveur, harnachée à sa grisaille, courue d’avance et sans enjeu. Ce n’est même pas de l’académisme ronflant (même si cela peut également l’être, voir Gold), c’est de l’académisme télévisuel, un cinéma de la fadeur. Sortis hier d’un Silvi qui nous a laissé complètement de marbre, nous entamâmes quelques débuts de soupçons sur la surreprésentation de ces objets à peine vus, déjà oubliés, pas ouvertement mauvais, mais simplement faits machinalement, sans envie, et donc parfaitement inutiles. Halbschatten est peut-être celui de trop.